L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Trepoun 52
Commentaires des lecteurs sur « Lou Vot de Sederoun »
Article mis en ligne le 13 août 2015
dernière modification le 24 août 2015

par ESSAILLON
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Sur la traduction de la première partie


Suzanne Jouve apporte deux rectifications à sa traduction du poème du Mai :

  • à la strophe 2, « o gai rampau » correspond à l’interpellation « ô gai rameau » (ligne 31).
  • et à la ligne 34, « voulèn que siegues de la fèsto » doit se traduire par « nous voulons que tu sois de la fête ».

Jean-Claude Rixte suggère deux modifications à la page 14 : •

  • à la ligne 6, « Regale » peut difficilement être interprété comme « lieux de plaisance ». J’opterais plutôt pour une coquille dans le texte pour « rigole » ou « rigolo », et donc « rigoles » en français.
  • à la ligne 16, « trena » doit être compris au sens de « tresser » et non de « traîner ».

Suzanne Bellier : « Il y a quelque chose qui me surprend dans la traduction de la fête votive : li regale s’escoubon = on balaie les lieux de plaisance. Est-ce le dictionnaire de Mistral qui donne cette traduction ? Je crois plutôt que « regale » ressemble à « regaille », mot souvent rencontré dans les actes notariés (« on vend un bâtiment et ses rigailles ») et qui m’avait intrigué. Aidé par un professeur de langues anciennes, nous en avions conclu que rigaille avait pour racine « irrigation » et pouvait signifier « les petits canaux d’irrigation qui longeaient la plupart des maisons ». A Somécure, la rivière d’où partaient tous les canaux (appelés « biarons » = petits biaous = petits ruisseaux) était nommée « Gaillé » qui comporte « aille » évoquant l’eau »

Li bouis se garon di carriero (on enlève les buis des rues)


Suzanne Bellier : Pourquoi du buis dans les rues ? Bonnefoy Debaïs mentionne sans plus de détail qu’on devait l’enlever lors du grand nettoyage qui précédait la fête. Il ne pouvait imaginer qu’un siècle plus tard les conditions de vie auraient tant changé qu’il serait nécessaire d’expliquer pourquoi on trouvait du buis dans les rues.
Mes parents racontaient que notre hameau de Somécure avait été vraiment très sale dans leur jeunesse. A mon grand étonnement, j’apprenais qu’autrefois des tas de buis étaient mis à pourrir partout, dégageant une odeur pestilentielle. Une personne qui le tient de son grand père m’a rapporté que, dès qu’il commençait à pleuvoir, tout le monde partait couper du buis. On trouvait cet arbuste tout près, en bordure des chemins et des champs, mais on allait également en chercher très loin. Certains en prélevaient avec acharnement dans la montagne, ce qui faisait de la place pour les lavandes et les pâturages. Une autre personne a entendu dire que les branches étaient hachées menu et étalées dehors partout sur le sol. Le buis était détrempé par les pluies dont l’eau ruisselait le long des toitures et des rues qui en ce temps là n’étaient pas goudronnées. Cette eau terreuse n’allait pas se perdre dans les égouts qui n’existaient pas encore. Elle se mélangeait à la matière végétale, s’enrichissant au passage des excréments de tous les animaux du village, fientes de poules, crottes de moutons, de chèvres, bouses de vache et de boeufs, crottins d’ânes, de mulets ou de chevaux. Il paraît que deux voisines de mes parents se disputaient âprement cette eau « grasse ». Elles creusaient de petites rigoles pour diriger l’eau du côté de leur propriété et à tour de rôle démolissaient le travail de l’autre, s’invectivant de tous les noms et allant même jusqu’à se crêper le chignon comme si cette eau représentait un trésor inestimable pour elles.
Le buis jonchant les rues était piétiné régulièrement par le passage des humains et des bêtes, écrasé par les roues des tombereaux et des charrettes. L’écoulement des éviers et les pots de chambre contribuaient également à transformer ces feuillages en excellent fumier végétal, très riche en azote. Peut-être ce buis avait-il en outre l’avantage d’éponger le sol et évitait aux passants de marcher dans la boue. Mais il était déconseillé d’en faire de la litière pour les animaux en raison de sa toxicité. Cependant, quelqu’un né en 1919 vient de m’informer qu’à Ballons, dans sa famille, on l’employait pourtant de cette façon dans les étables pour compléter la paille et les feuilles de hêtre.
Un habitant de la vallée de l’Ouvèze se souvient qu’on creusait de petites tranchées dans les jardins, qu’on les remplissait de buis haché, et qu’après un hiver on y semait des graines de courge et de melon, plants très gourmands en fumier.
Quelqu’un d’autre de la même vallée a aussi utilisé du buis dans sa jeunesse dans les années 1950. Alors que son père labourait une terre pentue dans la montagne, il devait disposer de grandes branches de buis dans chaque sillon creusé par la charrue, le sillon suivant venant le recouvrir de terre. Cela offrait l’avantage de nourrir progressivement la lavande qu’on allait y planter et de retenir la terre en cas de forte pluie.
En Haute Provence où la terre est pauvre, le fumier animal faisait souvent défaut. Pourtant beaucoup de gens en avait besoin car la plupart des habitants de toutes professions cultivaient un jardin potager. Même les paysans qui possédaient des bêtes et donc du fumier n’en n’avaient jamais assez pour fertiliser leur terre.
Le buis se plaît en sol calcaire mais peut coloniser tous les types de sol. Il résiste aussi bien à la sécheresse qu’au froid. Son puissant enracinement protège le maigre sol de l’érosion intense d’une pluie diluvienne. Ses feuilles ne sont jamais broutées car elles contiennent des substances vénéneuses. On trouvait donc du buis partout dans notre région et on savait en tirer parti pour en faire un précieux engrais, appelé fumier de rue.
De nombreux documents confirment ces anecdotes locales et nous apprennent que la fabrication de ce fumier de rue était une pratique courante et qu’elle se faisait non seulement avec du buis mais avec les végétaux disponibles selon la région. En voici deux exemples :
« Il ressort de la statistique agricole de 1882, qu’on employait encore comme engrais, à cette date, presque uniquement le fumier de ferme et le fumier des rues. Cette dernière espèce d’engrais était préparé par les paysans qui amoncelaient devant leur maison dans les ruisseaux où s’écoulaient les eaux ménagères, des feuillages, des branchages (des rameaux de buis surtout) et les y laissaient pourrir. » [Andrée Bouvard : Le bassin du Buis les Baronnies – in Revue de géographie alpine – année 1946 - p 151 n°34/2]
« Si le fumier animal était l’engrais des agriculteurs les plus fortunés, les végétaux, prélevés dans la forêt et laissés à fermenter devant les portes des maisons, formaient la base de l’engrais des pauvres ». [Régis Bertrand : Provence - C. Bonneton.1989 - livre 1- p141]

La Croix (arriba davans la Crous, foro païs…)


Lucien Ghisalberti se souvient que la Croix de Mission, qui se trouve actuellement sur le terrain de l’ancien patronage, se dressait avant-guerre sur le terrain face au bâtiment de l’Ecole – les traces de son emplacement sont encore visibles !
La Croix porte sur son socle la date de 1873, ce qui correspond à la période décrite par Bonnefoy Debaïs. Etait-ce elle qui servait de marque de départ pour la course des chevaux ?
Il serait également intéressant de savoir pour quelle raison et à quelle date la croix a été déplacée.

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