L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Les œuvres de Pascal Fils, ébéniste et cadranier, à Séderon
Article mis en ligne le 23 juillet 2018

par POGGIO André
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En visitant notre église paroissiale, on peut se demander quel était l’usage des stalles et des bancs imposants qui entourent le chœur ; et se douter que de telles places, si près de l’autel, n’étaient pas en libre accès. De nombreuses églises possèdent le même mobilier, qui est sans doute le dernier témoin d’une ancienne institution, la fabrique [1] :

« Avant la Révolution, les stalles étaient réservées aux personnalités religieuses et laïques de la paroisse… En 1806, il est décidé que les stalles de droite seraient réservées au maire, à son adjoint et au commandant de gendarmerie. Celles de gauche sont en revanche attribuées au juge de paix et à ses suppléants. Pour les stalles disposées de chaque côté du chœur, les trois premières sont réservées aux membres du bureau de la fabrique, les autres au clergé » [2]

Les membres du conseil de fabrique, les marguilliers [3], prenaient place dans ces bancs lors des diverses cérémonies religieuses.

Les deux grands sièges qui se font face, avec des panneaux dorsaux de plus grande hauteur et des accoudoirs ouvragés, étaient sans doute réservés au clergé et au Président du Conseil de Fabrique. Ils sont intégrés dans l’alignement des bancs et des autres panneaux qui couvrent entièrement la partie basse des murs du chœur.

L’ensemble n’est spectaculaire que par ses dimensions et la belle patine du bois. Il y a cependant un détail qui le personnalise : l’ébéniste a laissé sa marque, apposée en haut de chacun des grands sièges, et a daté son travail.

PASCAL FILS

APT VAUCLUSE

1834

Le curieux de l’histoire est que la même signature se retrouve une seconde fois à Séderon. Elle est gravée sur le cadran solaire qui orne la façade de la maison Gleize. Ce travail est lui aussi daté de 1834.

PASCAL. F.s APT. Vse. 1834

André Gauthier, de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Industriel du Vaucluse, nous a fait parvenir quelques informations sur la famille Pascal. Le père était compagnon maçon, le fils compagnon ébéniste. Ce sont leurs œuvres en matière de gnomonique [4] qui ont fait leur célébrité. Leur chef-d’œuvre, une méridienne [5], est toujours visible à Apt.

Pascal père affichait sa qualité de Maître dans la Franc-Maçonnerie en faisant suivre son nom du M et des trois points. Et il n’omettait ni l’équerre ni le compas, autres symboles maçonniques.

plaque à la base de la méridienne d’Apt

La méridienne date de 1834. Au même moment Pascal fils réalisait les stalles de l’église. Connaissant certainement la réputation de la famille Pascal et ses compétences de cadranier, le propriétaire de la maison Gleize (c’était alors un Jullien, importante famille de notables comptant Juge de Paix, Percepteur, Receveur de l’Enregistrement…) profita de la présence à Séderon de l’ébéniste pour lui faire créer le cadran solaire. En ces années-là, c’était peut-être la seule « mesure de l’heure » dans le village.

André POGGIO
APT – la méridienne et sa plaque de signalisation touristique

Notes :

[1La fabrique désignait un ensemble de « décideurs » (clercs et laïcs) nommés pour assurer la collecte et l’administration des fonds nécessaires à la construction, puis à l’entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse. Le Conseil de fabrique était présidé par le Maire de la Commune, le Curé en était membre de droit. Ils étaient assistés par des membres élus, le plus souvent des notables du pays. En 1886 à Séderon, on trouve ainsi les noms du curé Chappon, du maire Reynaud-Lacroze, du notaire Bertrand… d’Aumage, qui est adjoint au Maire. Au XIXe siècle, la fabrique paroissiale est une institution complexe, puisqu’elle relève à la fois de l’administration civile et de l’autorité ecclésiastique. Jusqu’en 1870-1880, la fabrique est liée à l’administration municipale, qui finance largement l’entretien de ce monument de la fierté villageoise qu’est le clocher de l’église. Sous la Troisième République les fabriques sont progressivement considérées avec méfiance par des municipalités désireuses de se dégager de l’emprise de l’Église. La loi de séparation des Églises et de l’État consacrera la disparition des fabriques paroissiales.

[2site internet de l’Église Saint-Martin, à Longjumeau, France.

[3marguillier (ou fabricien) : nom donné aux membres laïcs des conseils de fabrique

[4la gnomonique est la science du calcul et des tracés des cadrans solaires, le gnomon étant le nom savant de la tige portant son ombre sur la table du cadran.

[5méridienne : ligne tracée horizontalement le long d’un méridien terrestre, ou verticalement le long de l’intersection d’un mur et du plan méridien. Accompagnée d’un appareillage adéquat laissant passer un rayon de soleil, elle permet de donner le moment exact du midi solaire ou, si elle est accompagnée d’une courbe en huit, l’instant du midi moyen. Au XVIIIe siècle, les gens venaient régler leurs montres et leurs horloges sur ces instruments… Une méridienne se distingue d’un cadran solaire par le fait qu’elle ne fonctionne qu’aux alentours de midi » [source Wikipédia].


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