L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Memi de Taufagna
Article mis en ligne le 2 janvier 2018
dernière modification le 8 mai 2018

par POGGIO André
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Depuis des siècles, les almanachs offrent à leurs lecteurs le calendrier des fêtes à célébrer ou des saints à honorer comme celui des foires. Ils distraient avec des histoires drôles, des contes traditionnels, ils informent avec des recettes de cuisine ou des conseils en jardinage… la liste serait longue encore.

Surnommé « le livre du pauvre », les almanachs se vendaient bien dans les milieux populaires au XIXe siècle. Le Félibrige comprit rapidement qu’il avait là un créneau idéal pour diffuser son action de renaissance de la langue provençale écrite. De nombreux « armana » furent proposés, le plus célèbre étant « l’Armana Provençau », publié en Avignon. Roumanille en assurait l’édition, avec des collaborateurs qui avaient pour nom Mistral et Aubanel entre autres.

Dans le Vaucluse, un autre almanach provençal vit le jour vers 1880. Répondant au beau nom de « Lou Cacho-Fio », il était édité à Carpentras. C’est en feuilletant celui « per lou bel an 1898 » que j’ai découvert, dans un article consacré aux inscriptions sur les « mostro-soulari » (cadran solaire), ce paragraphe étonnant :

« Nescitis qua hora,
Dominus vester venturus sit.
- Ignouras l’ouro
Ounte voste Segne vendra
Aquelo paraulo de l’Evangèli, nous vèn de Mevouioun, acoumpagnado d’uno gento pouesio emé d’un tros de proso goustous ; e se legi, parèis, sus la davanturo d’un relougur de Vilo-Francho
. »

Le Cacho-Fio était dirigé par un abbé - je suppose donc que la traduction du latin vers le provençal est bonne et me contente de traduire le provençal :
« Vous ignorez l’heure
à laquelle le Seigneur viendra
Cette parole de l’Evangile nous vient de Mévouillon, accompagnée d’une aimable poésie et d’un morceau de prose savoureux ; on peut la lire, paraît-il, sur la devanture d’un horloger de Villefranche
. »

Je n’ai pas perdu de temps pour rechercher s’il y avait eu un jour un horloger à Villefranche, et me suis précipité pour découvrir la poésie et le morceau de prose. Quelques pages après, voilà ce que je pouvais lire :

MOUN CHIN
Parla aupen
Moun chin à testo blanchio.
Japa mai mouardo pas,
E me tira la manchio
Quand langui de gousta.
Jamai n’ai vist un chin
Que siagué plus couquin
Pèr de mans estrangieras
Se laissa pas touca
Lou gousta di bergièras
Pourria pas lou tenta.
N’ai pas besoun de fiéu
Me sega rèn que iéu
A l’aureilho bèn fachio,
E lou pèu bèn rasa,
Dessus n’a pas’na tachia
Que poua lou degaha,
La coua’n tiro-bouchoun
E lou mourre bèn round.
L’i’a rèn qu’oumé ma chiato
Que se counvenon pas !
Elo d’un cop de pato
Se crei de lou grifa
Eu li sauto dessus
Se lanço à cors-perdu.
A de bravos manieros,
Quand revira l’avé,
Fai veni la darrieros
Pièi garda tout souré ;
Jiàmai pourrias trouva
Un chin mièi eileva.
Quand vau en quauca fiero,
Mai de cinq cènt marchiand
Me pagarien de biero
Pèr m’achiata Pièd-blanc ;
Moun chin à trop boun uei,
Lou vende pas d’encuei.

Poème simple, au ton légèrement narquois, dont le sens est facile à comprendre. Mais il faut bien une traduction :

MON CHIEN
Dialecte alpin
Mon chien a la tête blanche.
Il aboie mais ne mord pas,
Et me tire par la manche
Quand il languit de manger
Jamais je n’ai vu un chien
Qui soit plus coquin
Par des mains inconnues
Il ne se laisse pas caresser
Les bergères ne pourraient pas l’attirer
Avec leur goûter.
Pas besoin de laisse
Il ne suit que moi
Son oreille est bien faite,
Son poil bien court,
Sans une tache
Qui pourrait le gâter,
La queue en tire-bouchon
Et le museau bien rond
Il n’y a qu’avec ma chatte
Qu’il ne s’entend pas !
Elle d’un coup de patte
Croit pouvoir le griffer
Lui se lance à corps perdu
Pour lui sauter dessus.
Il a de bonnes manières
Quand il ramène le troupeau
Il fait revenir la dernière bête
Puis garde tout seul
Jamais vous ne pourriez trouver
Un chien mieux dressé
Quand je vais à une foire
Plus de cinq cents marchands
Me paieraient une bière
Pour m’acheter Pied-blanc
Mais mon chien a trop bon oeil
Je ne le vends pas d’aujourd’hui

Encore plus étonnante était la signature qui suivait :

© Essaillon

Memi de Taufagna ! de Mevouioun !
Quel magnifique pseudonyme !

Mais qui pouvait bien se cacher derrière ce nom de plume ?
Il faut absolument découvrir qui était le conteur de Mévouillon qui habitait le quartier de Tofagne en 1898. Et en faire le portrait !
L’enquête sur le Memi commence. Vous pouvez écrire au journal pour le dénoncer...

André POGGIO

Quelques pages plus loin, la même signature figurait après le morceau de prose intitulé :
« La Capello de Sant-Jan ».
C’est l’histoire d’un loup, d’une vieille femme et de sa chèvre. Elle commence à la page suivante.


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