L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
Ia moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Trepoun 03
Quelques notes sur Séderon au point de vue religieux avant 1790
René DELHOMME
Article mis en ligne le 14 septembre 2013
dernière modification le 13 décembre 2014

par DELHOMME René
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 La Paroisse

Carte de Séderon
© Essaillon

D’après le Dictionnaire Topographique et Historique de la Drôme de J. Brun-Durand,

« Séderon était, avant 1790, une communauté du ressort du parlement et de l’intendance d’Aix, formant une paroisse du diocèse de Gap, dont l’église — Prioratus cura de Sadarono, 1516 (Pouillé de Gap) — était celle d’un prieuré séculier, et dont les dîmes étaient partagées entre le prieur du lieu et le commandeur des Omergues, ordre de St jean de Jérusalem, qui était aux droits d’une commanderie de templiers, unie à la sienne en 1308. »

« Au XVIIIème siècle, l’archiprêtré de Séderon comprenait outre Séderon, Mévouillon, Lachau, Eygalayes, Barret-de-Lioure, Montbrun, Ballons. »

Il existait, avant l’apparition du village actuel de Séderon, plusieurs collectivités humaines :

  • l’une à Guesset (Guisset ou Gueysset) au sud-est,
  • une seconde au Défens (ou Défends), St Baudile, au sud,
  • une troisième au sommet du rocher qui domine la cluse de la Méouge, la Tour.

Chaque collectivité avait son lieu de culte :

  • l’église de Guesset,
  • la chapelle de Saint-Baudile,
  • la chapelle de Notre Dame de la Brune.

Non loin de la chapelle de Saint-Baudile se trouvait un prieuré ; mais ces deux derniers édifices ont complètement disparu.

On a retrouvé seulement au Défens – Saint-Baudile des tuiles à rebord et des ossements humains dans des fosses que recouvraient de larges dalles. Il existe encore le socle en pierres d’une croix en bordure du chemin vicinal qui jointle village au quartier de Font-Colombe en passant par les Iscles.

André Lacroix, ancien archiviste de la Drôme, note dans son ouvrage « Histoire de l’arondissement de Nyons » que l’inventaire des Hautes-Alpes « nous apprend qu’en 1551, l’église de Notre Dame (la Brune) et celle de Saint-Baudile menaçaient ruine faute de réparations et que les revenus du prieuré atteignaient 80 écus ; qu’en 1559, l’église de Saint-Baudile, fort éloignée du village, était en ruines, que le service paroissial se faisait à Notre Dame (la Brune signalée « en état » en 1559) et que le prieur affermait ses biens 200 livres « hors le décime ». »

La visite pastorale de 1641 parle de l’église de Gueisset fort petite et non voûtée, sauf au « presbytère » et de la chapelle de la chapelle de Saint-Baudile fondée par Baudile Dupré, appelée en 1662 chapelle de « maistre Pierre ».

D’après une autre visite de 1740, il y avait 140 anciens catholiques, soit 450 communiants environ, 12 nouveaux convertis. « L’église réformée s’était installée à Séderon – Barret en 1561 et a fonctionné durant le début du 17e siècle. » (d’après les Eglises Réformées en France, de Samuel Mours – 1958 – Paris-Strasbourg)

Un des registres paroissiaux conservés à la mairie de Séderon contient un acte de mariage dont voici un extrait

« L’an 1749 et le 22 avril, j’ai procédé à la bénédiction nuptiale du mariage entre Sr Louis Bonnefoy, fils de Charles et de Marie Autran, bourgeois de ce lieu de Séderon d’une part, et de honnête Dlle Clere Dorothée Bonnefoy, fille de Joseph François, avocat en la cour, juge de ce lieu et de feue Clere Agnès Aycardi, ... en présence de messire Jean d’Alichoux, prêtre secondaire de cette paroisse, de messire Paul Jouve, prêtre recteur de la chapelle de Saint-Baudile, de Paul Lambert, receveur des fermes du roi... et moi, Testanière de la Brugière, curé et archiprêtre. »

 Autre relevé sur un registre paroissial

Oratoire béni en l’honneur de St Jean-Baptiste
Dans le registre des délibérations consulaires de Séderon (1611 – 1642) André Lacrois a relevé

  • en 1612, l’existence d’un hôpital, en 1641 d’une école tenue par Dupuy puis par Raspail en 1628 et 1636,
  • d’une allocation par le prieur d’une pistole pour les « joyes ou festes de Saint-Baudile », distribuée par les consuls et abbés et l’attribution aux pauvres de la 24e partie de la dîme.

 Les Pénitents

Un autre registre paroissial contient l’acte de décès suivant

« L’an 1739 et le 2 novembre a été enseveli Sr Louis Bonnefoy, avocat, veuf de Claire Reynaud, âgé d’environ 80 ans, par moi Reynaud, curé dans la chapelle des pénitents. »

Il y a lieu de rappeler ici ce qu’on entend par ce mot de pénitents cité précédemment.

« Ce sont des fidèles qui se réunissent en confréries pour remplir certains devoirs de dévotion et de charité, comme de chanter les offices divins dans une chapelle qui leur est propre, d’ensevelir les morts, d’assister les malades, de faire des processions en l’honneur de Dieu, etc... »

(Dictionnaire de Droit Canonique et de Pratique Bénéficiale,
par Pierre Toussaint Durand de Maillane – 1761)

Leur ample vêtement de dessus : le « sac », surmonté d’une « cagoule », servait

  • à dissimuler l’habit qui, sous l’ancien régime, indiquait avec sûreté le niveau de la classe sociale de celui qui le revêtait,
  • à cacher les traits du visage et à effacer ainsi tout caractère individuel du pénitent.

Monsieur Pierre Varlet, responsable des fonds locaux d’Archives de Buis-mes-Baronnies, nous signale dans sa causerie publiée dans le bulletn n° 3 de l’association de Lachau « Le Luminaïre » qu’il existait dans le « Val de Méouge » quatre Confréries de Pénitents : Séderon, Ribiers, Ballons et Lachau ; et que les Pénitents Blancs de Séderon sont connus dès 1629 par un « livre de la confrérie ». (Série H des Archives Départementales de la Drôme, inventaire de 1943 par Jacques de Font-Réaulx)

L’inventaire du fonds religieux de Séderon, conservé dans les archives cultuelles de Buis-les-Baronnies, fait état, en 1714, d’un cahier de 20 folios sous boîtier bois, en mauvais état, portant des traces d’usure et d’humidité :

  • « Cathallogue de nos confrères pénitents décédés établis en ce lieu de Séderon »
    contenant une liste de 97 noms dont 44 sœurs pénitentes,
  • « Cathallogue des bienfaits de ceux à qui leur corps ont esté portés et accompagnés par Messieurs nos confrères les Pénitents, au symettière de ce lieu et encore pour ceux qui voudront si faire accompagner, ont les a escrits et ont les escrira dans ce cathallogue et pour dévotion et pour le sallut de leurs ames lon dira tous les seconds dimanches dun chacun mois un deprofondis après l’office de nos frères descédés et l’on observera cette pieuse dévotion dorénavant tant que la confrérie durera. » (L’orthographe a été respectée)

Suit une liste de 200 noms environ (dont la moitié féminins) parmi lesquels on relève des noms de famille qui sont peut-être ceux des ascendants de personnes vivant aujourd’hui à Séderon :

Arnaud – Beauchamp – Blanc – Bonnefoy – Bonnefoy de Baïs – Brachet – Bruis – Chastel – Chauvet – Clavel – Constantin – Conil – Couton – Curnier – Déthès – Dumond – Gabert – Gauthier – Girard – Granchamp – Imbert – Jean – Jourdan – Jouve – Jullien – Lambert – Maurin – Michel – Mourier (ou Morier) – Pascal – Pelat – Plaindoux – Reynaud – Reynaud-Lacroze – Richaud – Roux.

 Le clergé séculier

La foi était vivace avant 1790 et il y avait un desservant dans chaque paroisse annexe.

Sur un registre paroissial conservé à la Mairie de Séderon, on relève le décès de Messire Henri Joseph Testanière de la Brugière, curé de Séderon et archiprêtre, le 8 septembre 1774, à 11 h et demie du soir, âgé de 67 ans environ.
Il a été enseveli le lendemain à 7 heures du soir à Notre Dame la Brune, en présence de :

  • Messire André Gabriel, curé de Montbrun,
  • Mre Etienne Aubert, prieur de Reilhanette,
  • Mre Claude Charras, curé de Vers,
  • Mre Sauvaire Barruol, curé de Barret-de-Lioure,
  • Mre Jean Balthazar Charras, vicaire dudit Barret,
  • Mre Raspail, curé de Ferrassières,
  • Mre Guiou, vicaire du Revest,
  • Sr Marc Lambert, clerc tonsuré,
  • Sr Jean Pierre Déthès, clerc tonsuré

qui ont assisté à son convoi funèbre avec :

  • Sr Baudile Conil, régent des écoles
  • Sr Louis Girard, maréchal-ferrant,
  • témoins requis

Ont signé : Raspail, curé – Guyon, prêtre – Barruol, curé – Reynaud-Lacroze, vicaire de Séderon – Conil.

Autre relevé sur le registre paroissial

« L’an 1728 et le 23 décembre a esté bénie la cloche de l’église appelée « Marie-Sauvetere » par moy Réynaud, curé et archiprêtre. »

 Liste incomplète des prêtres de la paroisse de Séderon avant 1800

Date des 1res sources de renseignements 1687
1687 Philippe Arnaud, ancien vicaire de Séderon puis archiprêtre, décédé le 21 février 1710, à l’âge de 80 ans (cité dans l’ouvrage de l’abbé Paul Guillaume « Inventaire sommaire des Archives départementales des Hautes-Alpes antérieures à 1790 »)
1687 Joseph Barberousse, secondaire (cité dans l’ouvrage de l’abbé Paul Guillaume)
1686 Charles Reynaud, chapelain de Saint-Baudile, curé et archiprêtre, décédé le 12 novembre 1742, à l’âge de 80 ans (cité dans l’ouvrage de l’abbé Paul Guillaume et dans les registres paroissiaux : bénédiction de la cloche le 23 décembre 1728 et décès de Louis Bonnefoy, avocat, le 2 novembre 1739)
1712 Jean Jullien, prieur décimateur de Saint-Baudile et secondaire (cité dans l’ouvrage de l’abbé Paul Guillaume)
1749 Jean d’Alichoux, prêtre secondaire de la paroisse de Séderon (cité dans un registre paroissial au mariage de Sr Louis Bonnefoy et Dlle Clere Dorothée Bonnefoi, le 22 avril 1749)
1749 Paul Jouve, prêtre recteur dela chapelle de Saint-Baudile (cité dans l’acte de mariage signalé précédemment)
1749 Joseph Testanière de la Brugière, curé puis archiprêtre, décédé à Séderon le 8 septembre 1774 (cité également dans l’acte de mariage signalé précédemment)

 Commentaires de la Présidente

Ce nouvel aspect de la vie de jadis, la vie religieuse, qui était encore assez importante au début du siècle, laisse subsister de nombreuses inconnues, par exmeple :

A quelle époque a disparu, à Séderon, la confrérie des pénitents Blancs ?

Nous avons retouvé dans un registre des actes passés en 1833 par Maître Reynaud-Lacroze fils, notaire à Séderon, mention du paiement d’une quittance payée aux héritiers de Pierre Gabert par le Trésorier des Pénitents de Séderon.

Il serait intéressant de savoir pendant combien d’années elle a encore existé ; et où se trouvait sa Chapelle. elle ne devait pas se situer à l’extérieur du village. Nous allons essayer de chercher dans les archives et peut-être dans les souvenirs anciens, une trace ou un détail qui pourrait permettre de la préciser.

Il est bien difficile de pousser loin les investigations historiques, pourtant un épisode de la vie religieuse à Séderon et sa région doit surement beaucoup au fait protestant.

Il n’a pas laissé beaucoup de traces bien qu’on signale toujours « le cimetière protestant ». Pourtant, dans l’ETUDE SOCIOLOGIQUE – Région du Ventoux – Cantons de Buis-les-Baronnies, Séderon, Vaison, Malaucène, Sault, paru en 1965, on précise dans le chapitre « guerres de religions » :

« ... Autour de 1560 – 1562 un certain nombre d’églises [protestantes] se sont constituées ; ... ajoutons, dans le Vaucluse, Sault, devenu au XVIIIe s. une annexe de Séderon. Parmi les églises qui ont eu une plus longue durée, notons Ste Euphémie, Séderon et Montbrun. Implantation assez limitée mais qui n’a cependant pas été sans remuer durement les passions religieuses. Un centre très actif se situait à Montbrun... »

M. Delhomme nous apprend qu’en 1740, lors d’une visite pastorale, il est signalé 12 nouveaux convertis. Séderon a peut-être « absorbé » ses protestants, souhaitons-le, sans passion excessive.

Anne-Marie BARRAS

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