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L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
I a moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

Lou Trepoun 42
Bonnefoy de Baïs (1855 – 1919)
Article mis en ligne le 19 octobre 2013
dernière modification le 13 décembre 2014

par RIXTE Jean-Claude
Nous vous avons déjà présenté Alfred Bonnefoy de Baïs (ou Debaïs), notre félibre local, descendant d’une famille de juristes (avocats, notaires, juges de paix, greffiers, huissiers) de Séderon et de Barret-de-Lioure.
Propriétaire de la ferme de Baïs, sur le territoire de Barret, cette famille Bonnefoy fait apparaître la signature Bonnefoy de Baïs à partir de 1776, peut-être en signe de différenciation. En effet dans le recensement du 2 février 1791 à Séderon il y a 14 familles Bonnefoy totalisant 72 habitants et une seule famille Bonnefoy Debaïs Jean-Louis, composée de sept personnes [1].
Dans le numéro 7 du TREPOUN de 1988 Monsieur Delhomme, dont la mère était la cousine germaine d’Alfred Bonnefoy de Baïs, avait écrit un long article sur sa famille à la suite de la publication du poème « Lou gavot » en précisant l’ascendance de cet auteur.
Alfred Bonnefoy de Baïs était né le 18 février 1855 à la ferme de Baïs à Barret-de-Lioure, de parents nés tous deux à Séderon. Son père, Jean Charles-du Pont (Isère). Alfred a donc passé sa jeunesse et son adolescence à Séderon avant d’entrer à la Cie de chemin de fer PLM.
Admirateur et ami de Mistral, félibre lui-même, il a obtenu de nombreux prix ou titres honorifiques dans divers "Jeux Floraux" pour ses œuvres en provençal que l’on retrouve dispersées dans différentes revues de l’époque.
Nous vous présentons ici un de ses poèmes paru dans Prouvènço n° 6-7 de juin 1905 que notre ami Jean-Claude RIXTE nous a communiqué après l’avoir reçu de M. Claude Barsotti, de Marseille
Vous connaissez Jean-Claude RIXTE par ses écrits (voir Lou TREPOUN n° 37) et pour son active défense de la cause régionaliste. Il nous a envoyé ce poème accompagné de sa traduction et d’une version en Occitan. Nous l’en remercions vivement.
Dans cette première partie vous pourrez lire la version publiée par Bonnefoy de Baïs, en provençal "Mistralien", avec en parallèle, sa traduction par J-C RIXTE.
Dans une seconde partie à paraître, nous publierons à nouveau la version de Bonnefoy De Baïs avec la version transposée en Occitan par J-C RIXTE. Cela permettra une lecture comparative de ces deux graphies.
Ceux d’entre vous qui gardent encore au fond de leur mémoire la musique de la langue parlée par leurs parents et grands-parents prendront plaisir à lire le poème de Bonnefoy de Baïs à haute voix. Dès qu’un enregistrement pourra être effectué une version audio sera disponible sur notre site Internet.
LOU CAPOULIÉ DEI PASTRIHOUN
Le chef des apprentis-bergers
(Pres i Jo flourau de Na Sòfio du Terrail à Niço.)
(Primé aux Jeux floraux de Dame Sophie du Terrail à Nice)
Un jouine pastre, à Sederoun,
Que l’apelavon Jóuseloun,
Cantavo un jour en Chassenaio ;
Si bedigo emé si sounaio
L’acoumpagnavon au refrin :
Derin, derin !
E si cabrin
Dansavon ’mé si soulié prim
Un jeune pâtre à Séderon
Qu’on appelait Josélon
Chantait un jour dans Chassenaye ;
Ses brebis et leurs sonailles
L’accompagnaient au refrain :
Drelin, drelin !
Et ses caprins
Dansaient avec leurs souliers fins.
Aquéu drole tant bèn cantavo
Qu’un « Moussu » que pas liuen cassavo
N’en fuguè tout destimbourla
E s’avancè pèr ié parla :
Bon-jour, diguè, jouine gardaire,
Siés un cantaire
Coume n’i’a gaire,
Ounte as après de tant bèus aire ?
Ce garçon chantait si bien
Qu’un Môssieur qui chassait pas loin
En fut profondément troublé
Et s’avança pour lui parler :
Bonjour, dit-il, jeune pasteur,
Tu es un chanteur
Comme il y en a guère,
Où appris-tu de si beaux airs ?
Jóuseloun, quitant soun capèu :
Moussu, diguè, es lis aucèu,
Li roussignòu, li cardelino
E li bouscarlo mistoulino
Que m’an ensigna si cansoun,
E mi móutoun,
’mé si redoun,
M’acoumpagnon quand n’ai besoun.
Josélon, ôtant son chapeau :
Monsieur, dit-il, c’est les oiseaux,
Les rossignols, les chardonnerets,
Et les fauvettes déliées
Qui m’ont enseigné leurs chansons,
Et mes moutons
De leurs grelots
M’accompagnent quand il le faut.
Em’uno voues coume n’as uno,
Sabes qu’auras lèu fa fourtuno !
Vène emé iéu jusqu’à Paris,
Dins un teatre cantadis
Te farai engaja sèns peno :
Aqui, d’estreno
E de dardeno,
Ta bourso n’en sara lèu pleno.
Avec une voix comme la tienne
Tu auras vite fait fortune, sais-tu ?
Viens avec moi jusqu’à Paris,
Dans un théâtre chantant
Je te ferai engager sans peine :
Et là, d’étrennes
Et de picaillons
Ta bourse sera vite pleine.
Paris me sèmblo forço liuen :
De moun troupèu, qu n’aurié siuen ?
E dequé dirié ma Tetouno,
Que coume iéu es pastressouno
A la granja de Chanto-Du ?
Nàni, Moussu,
Vint sa d’escut
Valon pas si poulits iue blu.
Paris me paraît bien loin :
De mon troupeau, qui aurait soin ?
Et que dirait ma Titoune
Qui est comme moi pastourelle
À la ferme de Chante-Duc ?
Non, non, Monsieur,
Vingt sacs d’écus
Ne valent pas ses beaux yeux bleus.
De mestresso, n’auras de bello,
Atrencado emé de dentello,
E tout un pople franchimand,
Tre t’ausi, picara di man,
Car lèu auras pèr bèn-amado
La Renoumado,
Galanto fado,
Que t’enaussara sus l’estrado.
Des maîtresses, t’en auras de belles,
Parées de leurs dentelles,
Et tout un peuple parle-pointu
En t’entendant t’applaudira.
Car tu auras vite pour bien-aimée
La Renommée,
Galante fée
Qui t’élèvera sur l’estrade.
N’i a ges de tant gènto pèr iéu
Que ma migo emé soun faudiéu,
Soun coutihoun de miejo-lano
E soun capèu que fai li bano ;
N’en vole ges d’autre renoum
Que l’escais-noum
Qu’ai au cantoun
De Capoulié di pastrihoun.
Il n’y en a point pour moi de si charmante
Que ma mie dans son tablier,
Son cotillon de tiretaine
Et son chapeau qui fait des cornes ;
Je ne veux pas être connu
Autrement que par mon surnom
Dans la région
De chef des apprentis-bergers.
Me trove bèn dins lou campèstre,
Sus li mountagno, sènso dèstre,
Ma fourtuno es la liberta ;
Que diéu me garde la santa !
Bon-jour, Moussu : pèr ma migueto,
Elo souleto,
Lanla, lireto !
Vole garda ma cansouneto.
Je me trouve bien dans la campagne,
Sur les montagnes, sans limite,
Ma fortune, c’est la liberté ;
Que Dieu me conserve la santé !
Bonjour, Monsieur : pour ma mie,
Et elle seule,
Lan la rirette !
Je veux garder ma chansonnette.
Alfred Bonnefoy de Baïs Traduction Jean-Claude RIXTE